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Regard d’un Franciscain
Guylain Prince participe à la Table inter-Églises des pasteurs de Lanaudière (CIEL), un comité qui regroupe des responsables d’un vaste éventail de confessions chrétiennes.

Le Lien (LL):Quels sont les aspects du « vécu évangélique » qui t’inspirent?

Guylain Prince (GP): Ce que j’apprécie beaucoup dans le mouvement évangélique, c’est que l’on y cultive cette nette conscience de la nécessité d’un engagement à prendre face à Dieu. Et ce qui est aussi intéressant, c’est que cet engagement est compris comme ayant deux versants : le premier est le oui à Dieu et le deuxième est le non à ce qui était avant et qui ne peut pas cohabiter avec la foi. C’est donc dire que l’on comprend la nécessité d’une rupture avec ce qui est incompatible avec une vie vécue à la lumière de l’enseignement des Écritures.

Il me semble que, dans notre contexte, cet appel à une décision qui est aussi une rupture est d’autant plus important que le Québec a vécu longtemps dans un régime où la foi était prise pour acquis et ne constituait plus, dans le cas d’un grand nombre de personnes, qu’un élément de l’héritage reçu. Donc, dans ce régime de catholicisme vécu sur le mode de l’héritage, un régime qui, il est vrai, est beaucoup moins répandu qu’il ne l’a déjà été mais qui est encore assez présent, l’insistance sur une démarche personnelle, l’accent sur l’appropriation individuelle du message de l’évangile constitue un apport inestimable. Par ailleurs, je suis aussi enclin à penser que le mouvement évangélique a été en mesure de communiquer cette manière d’appréhender la foi à un segment de la population qui n’était pas nécessairement disposé à prêter l’oreille à ce que l’Église catholique avait à dire.

J’apprécie aussi beaucoup le fait que, chez les Évangéliques, Dieu est considéré comme un véritable partenaire vers lequel on va très spontanément se tourner, que ce soit dans la réflexion ou dans l’exercice du jugement. Quand une personne exerce son jugement, on peut dire qu’il tend à être conversationnel, un peu comme quand on est marié et que l’on ne prend jamais de décision importante sans avoir pris le temps d’en parler avec son conjoint. Dans la même foulée, ajoutons que, dans la tradition évangélique, il est aussi tout à fait naturel de s’attendre à recevoir une lumière de Dieu par rapport à un problème particulier ou par rapport à une décision à prendre. Dieu n’est pas donc une simple référence abstraite ou lointaine. Il est plutôt considéré comme un agent dont l’action fait partie intégrante de la vie de tous les jours.

Cette manière directe et spontanée d’intégrer le dialogue avec Dieu et l’attente d’une intervention de Dieu dans le quotidien font aussi contraste avec la piété que l’on retrouve chez beaucoup de catholiques, une piété où l’on a tendance à inclure Dieu dans la conversation de la vie seulement au moment où le drame frappe.

C’est une piété où Dieu constitue une sorte d’option de dernier recours vers lequel on se tourne seulement quand tout le reste a échoué!

LL: Quelles sont les aspects de l’expérience que propose le mouvement évangélique qui te semblent être des faiblesses?

GP: Je pense que l’on peut détecter chez beaucoup d’évangéliques une grave faiblesse que je décrirai comme étant l’absence d’une véritable théologie de la création. Ce que je veux dire par là, c’est qu’un grand nombre d’évangéliques ont une forte tendance à se focaliser sur la chute et ses répercussions. Cette focalisation me semble si importante qu’il s’en dégage l’impression que Dieu aurait comme abandonné le monde. Or, nous le savons, parce que les Écritures le proclament haut et fort, Dieu ne l’a pas abandonné.

Une autre manière de le dire serait de parler de la présence d’une clé de lecture très noircissant qui fait que ces personnes n’arrivent pas à percevoir la trace de l’action de Dieu dans le monde au-delà des frontières de l’église. De là aussi cette nette tendance à voir des causes comme la protection de l’environnement ou bien la nécessité d’introduire plus de justice dans les échanges entre les pays pauvres et les pays riches comme des causes perdues. Il n’y aurait que l’effort d’amener les gens à la foi en Jésus-Christ qui compterait et tout le reste ne serait qu’efforts futiles et vains.

LL:  Dans ton expérience, quel défi pose le dialogue catholique-évangélique?

GP: Je pense que ce qui frappe tout suite un catholique qui discute avec un évangélique, c’est la tendance qu’aura ce dernier à utiliser les Écritures dans une approche argumentative.

En creusant un peu, il ne faut pas bien longtemps pour se rendre compte que cette approche est sous-tendue par l’idée que l’autre personne n’a pas accès à la grâce ou qu’elle est aveuglée, coupée de la lumière. Selon cette perspective, il n’y a donc rien à gagner d’écouter et de dialoguer; ce qu’il faut, c’est à tout prix convaincre l’autre de se ranger à son point de vue.

Par ailleurs, et c’est un peu paradoxal pour un mouvement soucieux d’évangéliser le plus efficacement possible, la psychologie nous apprend que ce type d’approche, axé sur la maîtrise de concepts, ne rejoint que peut-être 20 pour cent des gens. C’est donc dire que 80 pour cents de la population va opposer une fin de non-recevoir à toute invitation à une démarche de foi qui va se présenter sous cette forme!

 

L’autre paradoxe est que cette approche polémique et argumentative n’est souvent pas très respectueuse du sens des textes eux-mêmes.

LL: As-tu perçu une évolution dans le mouvement évangélique québécois et si oui, quel en seraient les causes.

GP: À partir de mon expérience d’observateur du milieu évangélique depuis maintenant vingt-cinq ans, je peux dire qu’il y a maintenant une possibilité de dialogue qui n’était pas là au départ. Au début, l’Église catholique était vue comme étant rien de moins qu’une religion apostate qui ne méritait que la plus sévère des condamnations. Aujourd’hui, il y a beaucoup plus d’ouverture.

Une partie de ce changement s’explique probablement par le fait que le mouvement évangélique québécois est né récemment (autour des années soixante-dix) et qu’il est passé par des étapes qui l’ont fait avancer sur la voie de la maturité.

LL: Comment entrevois-tu le futur de la relation entre évangéliques et catholiques?

GP: Il y des avenues qui s’ouvrent et qui sont riches de promesses. Je pense que ce qui est important de cultiver pour que notre relation grandisse, c’est la reconnaissance, l’accueil à la fois de nos différences et de ce qui nous rapprochent. Voyez-vous, je suis de l’avis que chaque confession incarne ou possède ce que j’appelle une grâce et un péché. J’ai donc besoin que les évangéliques soient les meilleurs évangéliques possibles de manière à pouvoir continuer à m’apporter la grâce particulière qu’ils incarnent.

LL:Quand tu «expliques» ce que sont les Évangéliques à des gens qui ne les connaissent pas, que dis-tu?

GP: J’ai eu à le faire récemment auprès de quelques familles. J’essaie de faire prendre conscience aux gens qu’il nous est généralement assez facile d’autoriser la présence à l’intérieur de l’Église catholique des gens qui vivent leur foi différemment de la nôtre mais que l’on a de la difficulté à l’accepter lorsqu’ils vivent leur cheminement de foi à l’extérieur du catholicisme.

Je propose donc que l’on se pose la question suivante : est-ce que la personne grandit dans sa foi? Si la réponse est oui, il faut alors faire l’effort d’accepter les accents qui sont différents, et se réjouir de ce que la personne a une relation avec le Christ qui a gagné en profondeur.

Originally published in the magazine, Le Lien, May/June 2006.

 

 
 
 
 

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